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L’initiative de suspension de la dette du G20 : écoper le Titanic avec un seau ?

mercredi 14 octobre 2020

Communiqué de presse

Alors que les ministres des Finances du G20, réunis aujourd’hui, doivent décider des suites à donner à l’Initiative de Suspension du Service de la Dette (ISSD) lancée en avril dernier, le réseau européen sur la dette et le développement Eurodad publie un nouveau rapport intitulé « L’Initiative de suspension du service de la dette du G20 : écoper le Titanic avec un seau ? », qui met en lumière l’incapacité de cette initiative à répondre à l’ampleur actuelle des besoins des pays du Sud. Pour faire face à cette crise d’ampleur qui s’annonce, la société civile rappelle qu’il est urgent d’annuler les paiements de dettes des pays en difficulté et de soutenir l’adoption de solutions plus ambitieuses et systémiques au sein de l’ONU, afin d’éviter que les pays du Sud et leurs populations ne plongent dans une crise économique et humanitaire plus profonde.

L’Initiative de suspension du service de la dette lancée par le G20 en avril a offert un petit répit à certains pays les plus pauvres. Mais, comme l’explique Iolanda Fresnillo d’Eurodad, autrice du rapport, “Les suspensions accordées à ce jour ne représentent que 1,6% des remboursements dus par les pays en développement en 2020”. Seuls 46 pays ont en effet à ce jour bénéficié du moratoire, pour un report de 5,3 milliards de dollars seulement, au lieu des 12 milliards initialement annoncés. “Cette initiative de suspension temporaire est très limitée, tant en termes de montant de la dette suspendue, que de pays bénéficiaires ou de créanciers concernés, surtout quand on tient compte de la gravité de la crise dans les pays en développement” ajoute Mme Fresnillo.

En effet, comme l’explique Lison Rehbinder, du CCFD-Terre Solidaire “aucune mesure n’ayant été prise pour imposer la participation des banques multilatérales de développement et des créanciers privés, les ressources dégagées par la suspension des paiements de la dette bilatérale officielle risquent d’être utilisées pour rembourser d’autres créanciers - en particulier privés - plutôt que pour financer les mesures d’urgence auxquelles elles sont destinées. C’est complètement aberrant alors que cette crise augmente justement les besoins d’investissement publics pour financer les services publics et répondre aux besoins de base des citoyen-ne-s”.

Au travers de l’analyse de données disponibles et de sept études de cas au Népal, Cameroun, Kenya, Salvador, Pakistan, Zambie et Philippines, le rapport illustre les lacunes de l’initiative du G20, et souligne la nécessité d’aller au-delà du moratoire.

Les débats à la réunion de ce jour devraient justement porter sur les modalités de mise en œuvre de futurs allègements de dette pour les pays en difficulté. Ces discussions ont lieu encore une fois en l’absence d’un mécanisme complet de restructuration de la dette à l’ONU, que les ONG appellent de leurs vœux et qui offrirait un cadre bien plus adapté. Comme l’explique Louis-Nicolas Jandeaux d’Oxfam France, « l’allègement de la dette tel qu’il est envisagé, dans les cadres du Club de Paris et du FMI, et les nouveaux prêts des institutions financières internationales aboutissent en réalité à un sauvetage du secteur privé et, par les conditionnalités de ces prêts, à des politiques d’austérité destructrices pour les services publics et donc aggravant encore plus les inégalités ».

Nos organisations appellent la France à prendre rapidement position pour une solution juste et durable au problème de la dette des États du Sud, par des annulations de dette immédiates pour les pays en difficulté et la mise en place d’un cadre systémique de restructurations à l’ONU.

Contact :
Sophie Rebours
01 44 82 80 64 / 07 61 37 38 65
CCFD-Terre Solidaire
s.rebours@ccfd-terresolidaire.org