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SOMMET DU G20 : La société civile inquiète de l’engouement pour le financement privé du développement

Les révélations sur la dette cachée du Mozambique illustrent les dangers des prêts privés en l’absence de mécanisme de restructuration des dettes

mardi 4 juillet 2017

Les 7 et 8 juillet 2017 se tiendra à Hambourg le Sommet du G20 au cours duquel sera à nouveau discutée l’initiative allemande du Compact With Africa, qui vise à promouvoir les prêts et investissements privés pour le développement du continent africain. Les récentes révélations sur une dette cachée de 1,8 milliard d’euros du Mozambique, qui a plongé le pays dans une crise financière sans précédent, mettent en évidence les risques que font peser de telles stratégies de financement sur l’endettement des pays africains.

Les conclusions du rapport d’audit du cabinet américain Kroll [1], qui avait été imposé par le fonds monétaire international (FMI), ont été rendues publiques le 23 juin dernier, après des mois d’attente. Elles confirment que le gouvernement mozambicain a secrètement garanti des prêts par le Crédit Suisse et la banque VTB, pour financer un programme de protection côtière et de surveillance maritime, en violation de ses propres lois. Les banques prêteuses n’auraient quant à elles pas pris les précautions de rigueur pour s’assurer que les entreprises emprunteuses seraient en mesure de rembourser leur prêt. Le rapport révèle également qu’une partie des équipements aurait été largement surfacturée et serait inadaptée, que des montants importants seraient toujours injustifiés et qu’aucune activité n’aurait été menée dans le cadre du programme, ni aucun revenu généré pour rembourser la dette.

« Le scandale de la dette au Mozambique montre à quel point il est risqué de mélanger financements privés et aide au développement  » explique Fanny Gallois de la Plateforme Dette et Développement. « Les leaders du G20 doivent s’assurer que toute initiative de financement pour l’Afrique fait passer les enjeux de développement avant les profits  ».

« Nous voulons que le G20 promeuve la mise en place d’un mécanisme de résolution des crises de la dette juste et équitable, pour les pays comme le Mozambique. La crise dans laquelle est plongée le Mozambique n’est pas uniquement de la faute des dirigeants impliqués. Les banques qui ont concédé ces prêts irresponsables doivent également assumer leur part de responsabilité » déclare Eufrigina Dos Reis, de l’association mozambicaine Grupo da Divida.

Jusqu’à présent, seul un résumé du rapport d’audit Kroll a été rendu public. Les organisations de la société civile européenne et mozambicaine demandent la publication immédiate de l’intégralité du rapport d’audit, afin d’identifier les responsabilités en cause. Elles demandent également :
-  Que des enquêtes soient ouvertes sur tous les comportements répréhensibles des prêteurs et des autorités du Mozambique, identifiés dans le rapport d’audit ;
-  La reconnaissance formelle par le gouvernement mozambicain et par la communauté internationale de l’illégitimité de la dette ;
-  La restitution rapide des tous les actifs volés ou détournés et l’annulation complète du reliquat de la dette illégitime qui ne pourra être remboursée par les actifs restitués.

Contact :
Fanny Gallois, Coordinatrice de la Plateforme Française Dette & Développement
01 44 82 81 34
f.gallois@ccfd-terresolidaire.org